épuisement parental burn out parental

Épuisement parental : ma renaissance

Il est 7h30. et c’est ce moment que j’ai choisi pour vous parler d’épuisement parental.

J’y pense depuis longtemps, mais je n’avais pas encore trouvé LE moment pour vous livrer ce passage de ma vie, sans en faire un article mélo-dramatique.

Parce que cet épuisement a été mon tremplin. 

Parce qu’il a été, et est encore, l’impulsion vers des jours meilleurs. 

Il m’a permis de me reconnecter à mon MOI profond et précieux, et de renouer avec mes aspirations personnelles et professionnelles. Ces projets qui me font vibrer et qui font que je me livre à vous, aujourd’hui.

J’ai commencé ma journée à 6h30, avec 30 min de promenade en forêt, à observer la nature se réveiller. 

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Je suis mère et belle mère. Je sais que je vais passer ma journée avec mes enfants. Je sais que le TDAH et le TOP de mon beau-fils seront également de la partie.

Mais ce moment dans la forêt m’appartient. Le calme avant la tempête. Le silence avant le grand rush.

Aujourd’hui, j’ai commencé ma journée en prenant soin de moi, et je sais que je vais passer une bonne journée.

Le fond de la piscine

J’ai entendu parler d’épuisement (ou burn out) parental il y a peu de temps. 

Ces mots ont été une révélation. 

Quelques mots pour comprendre des années de fatigue, d’incompréhension et de souffrances psychologiques.

Ils ont été ma claque. Mais également ma porte de sortie.

On peut comparer cet état d’épuisement à une chute dans la piscine:

On sait, on sent qu’on tombe. 
Mais il faut parfois plusieurs années pour se rendre compte qu’on touche le fond.
Et parfois, on se rend compte de sa chute seulement parce qu’on a touché le fond.
On choisit d’y rester, ou de donner l’impulsion pour remonter.

Cette impulsion est le premiers pas. Mais il faut également beaucoup de temps pour remonter vers la surface. Des années parfois.

Ma chute a commencé il y a plusieurs années

J’ai toujours été à la recherche de perfection, tant sur le plan personnel que professionnel. 

Quand j’étais plus jeune, je travaillais pour payer mes études, et je mettait de l’argent de côté pour anticiper mes dépenses futures: voiture, appartement, électro-ménager,…

Je m’investissais à 100% dans mes études, à 100% dans mes jobs d’étudiant, et je ne relâchais presque jamais la pression.

J’ai commencé ma “vraie” vie professionnelle presque au même moment où je rencontrais mon conjoint et son petit garçon. Je visualisais une vie d’excellence, entre travail, vie de famille et vie personnelle. 

Une recherche de perfection quasi impossible à atteindre, puisqu’on ne peut pas tout gérer de front. Encore moins lorsque notre vie quotidienne est dirigée par les difficultés éducatives et sociales liées au TDAH (mais ça, je ne le savais pas encore).

– Une agitation et des cris dès le réveil.
– Une journée de travail à vouloir gérer mes tâches dans la perfection, à rechercher la reconnaissance de mes collègues et supérieurs, tout en gardant en tête que je serai cadre ou chef d’entreprise avant mes 30 ans. Bien sûr, si déjà on se met la pression, autant se la mettre correctement ;p
– Rentrer le soir, en se demandant comment sera notre soirée: de l’énervement, des cris, des larmes, une agitation excessive,…

Le diagnostic * officiel * du TDAH de mon beau fils est arrivé bien plus tard, presque 6 ans après qu’il soit entré dans ma vie. 

Mais j’avais déjà compris que son comportement “différent” n’était pas de notre faute, ni de la séparation de ses parents, ni de la garde alternée, ni de notre modèle éducatif. 

J’avais donc déjà exploré les pistes de l’éducation positive et bienveillante. Avec bien sûr la pression qu’on se met pour y arriver.

Et puis, au fil des années, beaucoup de difficultés à tout gérer de front et à encaisser:

  • les matinées agitées et les soirées explosives
  • les soirées chez les amis qui se finissent mal, parce qu’on en demande toujours plus à notre enfant “différent” – par peur du jugement certainement : ne pas trop courir, ne pas crier, lui demander de gérer sa frustration, ses émotions,… alors forcément, il explose!
  • le regard des autres parents, l’incompréhension des proches, et parfois même leur jugement – ils ne disent rien mais certains regards ne trompent pas –
  • certains professionnels qui ne reconnaissent pas le TDAH, et qui pointent du doigt notre modèle familial et éducatif
  • ce handicap invisible, qu’on subit mais qu’on ne voit pas

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

La naissance de mon fils, en 2016, a été la goutte de trop.

J’avais co-créé mon entreprise tout juste un an plus tôt. Je m’étais arrêtée de travailler quelques jours avant d’accoucher, et j’ai repris beaucoup trop tôt.

J’ai vécu un accouchement rock’n’roll. Et j’ai passé 1 semaine à choisir entre nourrir mon fils ou vomir. Je culpabilisais de ne pas pouvoir m’occuper de mon bébé, de ne pas pouvoir avancer dans mon travail, de ne pas pouvoir m’occuper de la maison.

La fatigue des nuits entrecoupées, le grand qui ne gère pas l’arrivée de son petit frère, le couple qui implose, la famille qui explose. 

Mais je faisais face. Je gardais la tête haute mais mon coeur pleurait. Je regrettais mes choix de vie. Je regrettais d’avoir fondé une famille dans cette ambiance. Je regrettais l’amour que je portais à mon conjoint et à son fils au comportement si différent et difficile.

Je ne trouve pas les mots pour exprimer le mal être que je ressentais à l’époque. J’avais envie de partir. De tout quitter pour tout recommencer, autrement. Je perdais pied, je perdais ma confiance en moi-même et en la vie. 

Et puis, à qui peut on vraiment parler de ses problèmes? Qui pourrait comprendre? Qui pourrait juste écouter, sans donner des conseils, sans juger? 
“tu t’investis trop pour ton beau fils” “ce n’est pas à toi de faire tout ça”, “tu as essayé de voir tel professionnel?”, “tu devrais courir, ça te ferait du bien”, “tu t’inquiètes trop pour lui”, “si c’était mon fils, ça se passerai autrement!”,…

Je voulais plaire à tout le monde. Je me remettais sans cesse en question. Je voulais être une mère et une belle-mère parfaite, une conjointe parfaite, une amie parfaite, une fille et une soeur parfaite. Tout en m’investissant à 100% dans l’évolution de mon entreprise.

Je disais oui à tout le monde, je justifiais chaque comportement “différent” de mon beau fils et je me devais d’expliquer chacune de nos décisions le concernant.

Le débordement

Et puis un soir, j’ai craqué. Pété les plombs.

J’ai tout envoyé valser dans la cuisine, les assiettes et les casseroles, la cruche d’eau et la bouteille de vin. J’ai demandé à mon conjoint, son fils et son doudou de partir. 

Une soirée d’enfer, qui m’a finalement sauvé. Qui a sauvé notre couple et notre famille.

J’ai pris conscience de mon état et j’ai pu agir.

Aller voir mon médecin qui m’a permis d’éteindre le feu avec anxiolytiques et anti-dépresseurs.
Commencer une psychothérapie.
M’investir moins dans la gestion du quotidien avec mon beau-fils.
Et prendre soin de moi: découvrir les bienfaits de la méditation et l’art de ne rien faire.

C’était en 2016. 

Nous sommes en 2020 et je commence enfin à respirer.

Les signes précurseurs du burn out parental

Cet article n’est pas une étude sur l’épuisement parental, mais je ne peux pas vous laisser sans explication objective sur les symptômes à prendre en compte.

Voici ce que dit Isabelle Roskam (Docteur en Sciences Psychologiques, Professeure en psychologie du développement, elle co-dirige le Parental Burnout Research Lab, un laboratoire de renommée internationale dans le domaine du burnout parental. Et accessoirement maman de 5 enfants).

« Le burnout parental est un syndrome d’épuisement qui survient quand un parent a été exposés à trop de stress dans son rôle de parent, pendant trop longtemps, en l’absence de ressources suffisantes pour compenser l’effet du stress.  Les symptômes caractéristiques du burnout parental sont au nombre de quatre et ils arrivent le plus souvent dans l’ordre ci-dessous.

Le symptôme qui arrive en premier est l’épuisement dans son rôle de parent. Le parent a le sentiment d’être épuisé, vidé, au bout du rouleau. Cet épuisement peut se manifester au niveau émotionnel (sentiment de ne plus en pouvoir), cognitif (impression de ne plus arriver à réfléchir correctement) et/ou physique (fatigue).

Le second symptôme est la saturation et la perte de plaisir dans le rôle de parent. Le parent n’en peut plus d’être parent, il a un sentiment de trop, « trop plein », il ne parvient plus à trouver du plaisir dans son rôle de parent.

Le troisième symptôme est la distanciation affective d’avec ses enfants. Trop fatigué, le parent n’a plus l’énergie de s’investir dans la relation, ou en tout cas plus autant que d’ordinaire. Il prête moins attention à ce que ses enfants lui racontent ou les écoute d’une oreille distraite, il n’accorde plus (autant) d’importance à ce qu’ils vivent et ressentent, il ne s’implique plus (autant) dans leur éducation, il n’arrive plus (autant) à montrer à ses enfants combien il les aime. Il fait ce qu’il doit faire (les conduire à l’école, leur préparer à manger, la toilette, le coucher), mais pas plus.

Tous ces symptômes contrastent fortement avec la manière dont le parent était auparavant et génèrent chez le parent des sentiments d’étrangeté, de culpabilité et de honte. Le parent prend conscience qu’il n’est plus le parent qu’il était et encore moins celui qu’il voulait être. Il ne se reconnaît plus, il a honte du parent qu’il est devenu. Il souffre du contraste entre le parent qu’il était et celui qu’il est aujourd’hui. »

https://www.lepsychologue.be/articles/burnout-parental.php

Mes signes à moi étaient évidents, mais c’est avec beaucoup de recul que je m’en rends compte aujourd’hui

physiquement: 

  • des vomissements répétitifs dès le matin au réveil et du psoriasis sur le cuir chevelu.
  • des palpitation avant de récupérer mon beau fils au péri-scolaire, et encore plus quelques minutes avant d’arriver à la maison (imaginez le “lâcher des fauves”)
  • une fatigue intense, dès le matin au réveil: je disais à mon conjoint “j’ouvre à peine les paupières et ma batterie est déjà vide”
    Il m’est également arrivé de ne plus avoir la force de me lever, et de laisser mon petit en “auto-gestion”. Le mettre à la sieste juste pour pouvoir aller dormir à 15h

Psychologiquement:

  • irritabilité, énervement, cris,… je me sentais comme une furie hystérique.
  • plus de patience avec les enfants, un rien m’irritait.
    l’éducation positive et bienveillante oui, mais pour les autres. Et la culpabilité de ne pas y arriver qui va avec.
  • Perte d’énergie, de motivation, d’envie de passer du temps en famille. 
  • Perdre ma joie naturelle, ne plus me reconnaître. Et regretter d’avoir fondé ma famille.

J’attendais avec impatience les moments où mon beau-fils irait chez sa maman, et j’angoissais à l’idée qu’il revienne chez nous. 

Je m’investissais à 100% dans ma vie professionnelle, pour compenser l’échec de ma vie de parent.

Et le pire, au delà de la fatigue physique, nerveuse et psychologique: ne plus éprouver de bienveillance envers mes enfants. Les considérer comme des perturbateurs, des petits diables entrés dans ma vie pour me prendre mon énergie.

Penser un « bien fait » lorsqu’ils tombent et se font mal et ne plus supporter leur voix ou leur rire.

Le printemps revient

Il m’a fallu du temps pour remonter la pente.

Beaucoup de temps et de bienveillance envers moi même.

Beaucoup de lectures inspirantes et de temps pour moi. Cultiver mes pensées positives, tout en acceptant les négatives.

J’ai passé des heures à lire et me former au TDAH pour mieux le comprendre. C’était ma manière de le combattre et de ne plus me laisser couler. Lâcher prise sur les conséquences de ce trouble, et être plus compréhensive avec les comportements de mon beau-fils.

J’ai également beaucoup appris sur le sujet de l’organisation: mieux m’organiser pour mieux anticiper. Choisir mes priorités pour mettre de l’énergie uniquement dans ce qui en vaut la peine.

J’ai mis du temps, beaucoup de temps, à trouver ce qui me fait du bien, sans entrer dans les travers de l’excellence: rituel matinal oui, mais me lever à 5h30 non. Manger sainement oui, mais passer des heures en cuisine non. Faire de l’exercice physique oui, mais me mettre la pression non. 

L’écriture est mon exutoire. J’écris quand je ne vais pas bien, pour me vider la tête, mais j’écris également quand je me sens bien, pour ne pas oublier ces moments.

J’ai également appris à être égoïste. Ne plus dire oui à tout, et être pleinement en accord avec les décisions que je prends, et avec les personnes qui partagent ma vie. Je me suis libérée du superflu, des personnes toxiques et énergivores, et des sources de distractions omniprésentes.

J’ose demander de l’aide. Et je le fais dès que j’en ressens le besoin.

Cet état d’épuisement m’a permis de me libérer, et d’être pleinement moi-même.
Je ne me force plus, je me respecte et je m’aime, telle que je suis. Parfaitement imparfaite.

J’ai bientôt 32 ans, et je me sens au printemps de ma vie.

Je sais qu’il me faudra encore du temps pour sortir la tête de l’eau mais je l’accepte.

En me livrant à vous dans cet article, je souhaite que tous les parents qui vivent cet état d’épuisement prennent conscience qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation.

Tout comme le bonheur n’existe pas sans le malheur, le printemps n’existe pas sans l’hiver, je pense qu’il faut parfois vivre des moments difficiles pour prendre conscience de ses forces et ses ressources.

Je souhaite également partager la double peine des parents concernés par le TDAH de leur enfant:
Le diagnostic ne suffit pas à apaiser les choses.
Parce qu’on fait encore face à trop de manque de connaissance et de reconnaissance de ce trouble.
Ce fameux diagnostic à la mode.
Le TDAH pour justifier le comportement des enfants mal élevés.
Ce handicap invisible qui n’existe pas parce qu’on ne le voit pas.
Alors on n’ose pas parler de notre souffrance, puisqu’après tout il suffit de « serrer la vis ».

D’après une étude récente

80% des parents ayant au moins un enfant atteint d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ressentent un niveau « cliniquement significatif » de stress parental

TDAH: un stress parental «cliniquement significatif»

Alors il arrive que la parentalité, au lieu d’être un cadeau, devienne un fardeau.

La première étape est la prise de conscience.
La seconde est d’aller voir un médecin.
La troisième est de prendre soin de soi.

Et pour vous aider, je vous livre dans ce blog mon expérience et ma connaissance du TDAH, mais également des outils pour prendre soin de vous. 

Parce qu’en prenant soin de soi, on a l’énergie nécessaire pour déplacer des montagnes.

Prenez bien soin de vous les parents 🙂

Plus d’informations sur le burn out ici: https://www.burnoutparental.com/

Êtes-vous en burn-out parental? https://www.burnoutparental.com/suis-je-en-burnout

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6 réflexions sur “Épuisement parental : ma renaissance”

  1. Merci beaucoup Herade pour ce partage très profond, cette mise à nue. C’est très inspirant. Je reconnais l’acceptation de ce qui est. Un pas essentiel pour avancer plus sereinement dans le tumulte de la vie. A bientôt. Fabienne

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