témoignage beau parent enfant atypique

Je suis belle-mère d’un enfant atypique et voilà pourquoi notre rencontre a changé ma vie

Je m’appelle Hérade. J’ai 32 ans et je suis belle-mère d’un enfant atypique depuis près de 10 ans. 

Notre quotidien familial est rythmé par le TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention / Hyperactivité), les difficultés pour les apprentissages scolaires (terrain dyslexique et dysorthographique), et les difficultés sociales (Trouble Oppositionnel avec Provocation – TOP).

La différence fait peur. Les difficultés du quotidien nous épuisent. Mais je vais vous expliquer pourquoi notre rencontre a changé ma vie, et pourquoi je me sens heureuse et honorée d’être la belle-mère d’un enfant extraordinairement “différent”.

À 22 ans et des rêves pleins la tête, j’ai choisi le multi-pack

J’avais 22 ans à l’époque. L’esprit vif et animé par une furieuse envie de me lancer dans une vie professionnelle à succès. 

« Avant 30 ans, j’aurai un poste à responsabilité. Je serai cadre ou chef d’entreprise. J’aurai gagné le respect de mes pairs. Je serai reconnu pour mon professionnalisme et mes qualités humaines. Je m’appelle Hérade et vous n’oublierez plus jamais mon prénom!« 

… Ou pas!!!!

(oui je sais, un peu d’humilité ne fait pas de mal!)

Je n’envisageais absolument pas de devenir maman (dans le sens biologique du terme). Non pas parce que je n’avais pas l’esprit maternel, mais j’avais un autre projet: adopter un enfant et lui offrir la chance de grandir entouré d’amour, de chocolat chaud, et de crêpes au chocolat.

Dans mon plan, je voulais également trouver l’amour. Vivre une passion. Faire le tour du Monde en famille. Découvrir d’autres Pays, d’autres cultures, d’autres styles de vie.
Vivre dans une belle et grande maison, toujours propre et rangée. Manger sain. Faire du sport. Et prendre l’apéro avec mes amis les soirs de fin de semaine.

Voilà mon plan de vie, mon avenir tout tracé.

C’est donc dans cette perspective que l’amour est entré dans ma vie début 2011. Je l’ai rencontré, je me suis attachée, et j’ai osé me lancer dans un petit bout de chemin avec lui. Un bout de chemin de presque déjà 10 ans.

Ce que je n’avais pas prévu, en revanche, c’est qu’en tombant amoureuse d’un homme, je laissais également son fils entrer dans ma vie. 

J’ai donc choisi le multi-pack, et ce choix a définitivement changé ma vie. 

Le quotidien explosif d’un enfant tourmenté

Mon beau-fils avait alors moins de 2 ans. 

Et dès notre rencontre, j’ai compris que cet enfant était incompris et souffrait. Ses réactions n’était pas normales pour un enfant de son âge. 

Trop de colères, de cris, de larmes.
Trop d’agitation et d’émotions débordantes.
Trop de tensions et d’épuisement.
Trop de difficultés à respecter les limites et l’autorité.
Trop de tout en fait.

Les jouets volaient. Les crises de colères étaient explosives. La tolérance à la frustration proche de zéro. Les consignes très peu respectées. Et les soirées finissaient souvent en larme, pour lui comme pour nous!

J’ai eu la chance de grandir dans une famille bienveillante, accueillante et à l’écoute. J’ai bénéficié d’une éducation basée sur la communication, le respect et l’acceptation.

J’ai donc mis toutes mes ressources en œuvre pour essayer de comprendre la situation.

Et très rapidement, j’ai compris que ses réactions n’étaient pas liées à la séparation de ses parents, ni aux différences d’éducation qu’il pouvait vivre chez l’un ou chez l’autre.

C’est sûr que son histoire ne l’aidait pas. Mais c’était bien plus profond que ça. Comme s’il était habité par un brouillard, une tempête permanente. Un volcan en ébullition, qui n’a pas la capacité de canaliser le feu qui brûle en lui.

Vous pensez bien que je n’avais pas envisagé de commencer ma vie de jeune adulte de cette façon. Non pas uniquement à cause des difficultés du quotidien (la fatigue, les tensions, les envies de tout plaquer), mais surtout à cause de toutes les difficultés sociales qui en découlent. 

Parce que la différence fait peur. 

J’ai découvert que le monde qui m’entourait n’était pas aussi rose que ce que j’imaginais. Fini la vie de Bisounours, les paillettes et les licornes.

Bienvenue dans un monde qui juge sans connaitre et qui parle sans savoir.

Les regards condescendants et les réflexions lancées dans le vide, entre deux rayons du supermarché.
Les convocations dans le bureau du directeur dès les premières années de maternelle.
Les regards noirs des parents à la sortie de l’école.
Les amis et la famille qui ne disent rien, mais qui n’en pensent pas moins.

Comme s’il s’agissait simplement d’un enfant mal élevé, intenable et capricieux.

Plus j’avançais, plus je comprenais l’impact des cases, des normes et des étiquettes. Si tu n’entres pas dans le moule, tu es différent. Tu es anormal. Tu fais peur.

Le parcours jusqu’au diagnostic

Lorsque mon beau-fils avait 5 ou 6 ans, j’ai tapé ces quelques mots dans les moteurs de recherche “activité pour enfant très actif”.

Je suis tombée sur un article qui expliquait ce qu’est l’hyperactivité.

Et j’ai découvert ces 4 lettres qui ont marqué un tournant dans notre quotidien TDAH : Trouble du Déficit d’Attention / Hyperactivité

J’ai lu des dizaines d’articles sur le sujet et chaque mot me permettait d’ouvrir les yeux. Chaque mot confirmait également ce que j’avais en tête depuis longtemps: l’histoire de cet enfant n’aide pas, MAIS: ses parents n’ont pas à porter la responsabilité de son état.

N’est-ce pas libérateur de savoir ça? Pour eux, pour lui, pour nous! 

Le parcours vers un diagnostic s’est avéré long et semé d’embûches.

En effet, une fois la découverte du TDAH et la période d’acceptation passées, les parents ont passés des heures en rendez-vous, à expliquer leur histoire, à se remettre en question. À accepter de se livrer, de se sentir parfois juger. Et continuer malgré tout. Passer d’un spécialiste à l’autre, et organiser les semaines lors desquelles plusieurs rendez-vous pouvaient avoir lieu.

La valse des rendez-vous avait ainsi débuté.

Pour enclencher une démarche de diagnostic, mais également pour nous aider dans notre quotidien fou.

Parce que oui, nous étions épuisés par cette agitation, ce bruit et ces tensions permanentes. Mon couple était au bord de l’explosion, et notre famille prête à l’implosion. Ce n’était plus les jouets qui volaient, mais les mots qu’on se lançait, mon conjoint et moi.

Je sentais également une forme d’injustice m’envahir: pas pour moi (j’ai fait le choix de vivre cette vie), mais véritablement pour tous les enfants “différents” et leurs parents. Pourquoi toute cette souffrance? Ils ne sont que des enfants après tout!!

Les délais d’attente pour obtenir un RDV chez un spécialiste sont (très) longs. Il aura fallu près de 3 ans entre notre découverte du TDAH, et le diagnostic “officiel”.

Ces années pendant lesquelles les difficultés sociales et scolaires empiraient. Le volcan arrivait à éruption et nous n’avions plus les ressources pour l’aider à s’apaiser.

Une fois le diagnostic posé, il a fallu encore plusieurs mois pour la mise en place d’un traitement adapté, réellement efficace uniquement s’il est accompagné d’une prise en charge globale: familiale, comportementale, scolaire, psychologique (estime de soi, confiance en soi), …

Aujourd’hui, à 11 ans et toutes ses dents, notre quotidien est plus facile qu’auparavant.

Mais parce que nous avons accepté de revoir l’ensemble de notre modèle éducatif et familial.

Et parce que chaque décision est prise en tenant compte des éventuelles difficultés émotionnelles. 

En fait, mon beau-fils nous fait grandir autant que nous l’aidons à grandir.

Belle-mère: le rôle de ma vie

Très rapidement, j’ai voulu aider mon beau-fils à évoluer malgré sa différence. Même s’il n’est pas mon enfant. 

Parce que ce n’est pas le TDAH qui rend différent. C’est notre regard, les normes sociales imposées, qui posent des étiquettes, apposent le mot « trouble », et rangent les individus dans des cases.

L’aider à grandir et s’épanouir, en étant lui-même: curieux, plein de vie, intègre, entier et unique. Lui permettre de devenir un futur adulte en puissance, qui, grâce à son expérience de vie, pourra déplacer des montagnes. 

Pourquoi? Aujourd’hui encore je n’ai pas la réponse. Il m’a touché en plein cœur, il m’a accepté dans sa vie et m’a accordé sa confiance et son amour. 

N’est-ce pas ça, finalement, notre rôle d’adulte? Accompagner les enfants pour qu’ils deviennent eux même des adultes épanouis. Et qu’ils puissent à leur tour accompagner les générations futures vers une vie meilleure.

Ce n’est peut-être pas votre vision. C’est peut-être (et très certainement) utopique. Mais c’est un objectif qui me convient bien.

Les apprentissages

Durant toutes ces années, je n’ai pas complètement oublié mes projets.

En 2015, j’ai co-fondé mon entreprise, 
En 2016, je suis devenu maman 
J’ai très peu voyagé mais j’ai bu de nombreux apéros avec mes amis 🙂

Néanmoins, ma vision de la vie a complètement changé.

Tout d’abord, j’ai appris à prendre soin d’autres personnes que de moi-même. Devenir belle-mère a été la première étape dans l’apprentissage de mon rôle de mère.

J’ai également appris à jongler, entre vie professionnelle ambitieuse, et vie familiale débordante.

J’ai compris que la vie n’est pas un fleuve tranquille. Que le monde ne s’arrête pas de tourner lorsqu’on a des problèmes. Et que pour avancer, il faut accepter de tomber et de se relever. Il faut savoir dire non, imposer son point de vue, regarder les autres dans les yeux et garder la tête haute. 

J’ai découvert également ce qu’est l’amour inconditionnel. Aimer sans limite un enfant qui n’est pas le sien, malgré les difficultés, malgré les remises en question, malgré les envies de tout plaquer.

J’ai vécu une longue période d’épuisement parental qui m’a profondément brisée. Mais qui m’a permis de me relever encore plus forte. 

J’ai appris l’humilité: parce que je ne suis “que” belle-mère. Même si ma posture me permet d’avoir plus de recul sur certaines situations, je ne suis pas sa mère. Les décisions finales ne me reviennent pas, que je le veuille ou non.

J’ai compris que pour avancer, il faut apprendre à lâcher prise. Ne plus se focaliser sur les difficultés, mais prendre conscience de toutes les réussites, aussi petites soient elles. Mais également être dans la gratitude de tout ce que nous offre la vie pour pouvoir en profiter pleinement.

J’ai appris à m’écouter. À accepter que je ne suis pas toujours en mesure de jouer mon rôle de belle-mère. Parce que parfois le quotidien est trop difficile. Parce qu’aujourd’hui je suis maman, et que je dois parfois protéger mon enfant de la vie familiale dans laquelle il évolue. Parce que parfois mon cœur de maman balance entre mon amour pour mon beau-fils, les difficultés du quotidien, et ce que je suis prête à accepter pour mon fils.

J’ai également compris que la vie vaut d’être vécue, quelles que soient les difficultés. Qu’il faut se donner les moyens pour que chaque journée soit plus belle que la précédente. Faire des choses qu’on aime et qui nous font vibrer. Trouver sa Mission de Vie, et tout faire pour la vivre pleinement.

Enfin, vivre avec un enfant “différent” m’a obligé à apprendre pour mieux comprendre.

Après plusieurs années, le TDAH est devenu bien plus que notre combat du quotidien.
Ce sujet est devenu une véritable passion qui me permet d’acquérir chaque jour de nouvelles connaissances sur des sujets tels que la parentalité, la psychologie de l’enfance à l’âge adulte, l’histoire de la psychiatrie, les neurosciences, … Mais aussi, et surtout, mon beau-fils m’a appris la résilience. 

Mieux connaître me permet de mieux comprendre. Pas uniquement le TDAH mais l’humain dans sa globalité.

C’est ainsi que j’ai décidé de réorienter ma vie professionnelle pour la consacrer aux personnes concernées par le TDAH. Je veux véritablement aider les personnes concernées à s’épanouir telles qu’elles sont vraiment, même si elles n’entrent pas dans les cases imposées par la société.

Sans toi, mon beau-fils, je n’en serai pas là. Je n’aurai pas compris le véritable sens de ma vie. Parce qu’en m’acceptant dans la tienne, tu m’as ouvert les yeux sur ce qui est vraiment important: l’amour, la bienveillance, la résilience.

“Donne-nous la sérénité d’accepter les choses qui ne peuvent être changées,
le courage de changer celles qui peuvent l’être,
et la sagesse d’en connaître la différence.”

Prière de la sérénité

Hérade

Coach en épanouissement personnel et professionnel | Coach TDAH

Partager l'article
  • 75
    Partages
  • 75
    Partages

6 réflexions sur “Je suis belle-mère d’un enfant atypique et voilà pourquoi notre rencontre a changé ma vie”

  1. Magnifique Article, 🙏🏼🥰😚
    Il n’y a plus belle déclaration d’amour qu’un être puisse faire à un autre. De + vous semblez être une personne et un coach sincère, impliquée et authentique. J’espère que votre vie sera comblée de sourires et remerciements.

  2. Super article! il est super empathique!

    Très touchant… chapeau!

    J’ai adoré les phrases qui sont des perles comme:
    « ses parents n’ont pas à porter la responsabilité de son état ».

    ou le dernier paragraphe:
    « Sans toi, mon beau-fils, je n’en serai pas là. Je n’aurai pas compris le véritable sens de ma vie. Parce qu’en m’acceptant dans la tienne, tu m’as ouvert les yeux sur ce qui est vraiment important: l’amour, la bienveillance, la résilience. »

    Bonne continuation Hérade 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *