#8 – La méthode « 1, 2, 3 retrait »

Vous l’avez compris, chez nous l’opposition fait partie intégrante de notre quotidien.

Nous avons 

  • d’une part le TDAH, avec ses difficultés liées au déficit d’attention, à l’impulsivité et à l’hyperactivité, 
  • et d’autre part le Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP),  avec ses grandes frustrations et sa provocation omniprésente.

Avec le temps (beaucoup de temps), nous avons appris à diminuer le nombre de crises, en adaptant la manière dont nous donnons nos consignes, et en mettant en place des routines quotidiennes et hebdomadaires: plus de cadre, moins d’imprévus, moins de frustration.

Je considère l’éducation comme un long fleuve (pas si tranquille). Aussi, je fais souvent le bilan de ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas (ou plus), et je réadapte les méthodes pour qu’elles correspondent davantage à l’âge et l’actualité de nos enfants.

Après avoir expérimenté l’opposition en long, en large et en travers, une méthode a vraiment fait la différence.

Vous la connaissez tous 🙂 Il s’agit du fameux “je compte jusqu’à trois!!!.. UuuunnnNNnnn…… DEEeuuux….”

Je vous avoue que j’étais surprise que cette méthode soit présentée dans un livre aussi qualitatif que L’opposition : Ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs (Benoît Hammarrenger)

Je me suis vraiment dit: mes parents l’ont fait, et ça ne me faisait pas plus d’effets que ça… 

Et pourtant…

Je vais vous expliquer pourquoi, et comment faire pour que cette méthode fonctionne vraiment.

Pourquoi utiliser la méthode du 1 2 3 retrait

Tout simplement pour couper court à l’argumentation

Comme on l’a déjà vu, l’argumentation chez un enfant ne suit pas une démarche logique comme chez nous, adultes.

Un enfant argumentera avec ses émotions, tandis que nous essayons de lui faire entendre raison avec des arguments logiques.

L’un est dans l’émotionnel (le coeur), l’autre est dans la logique (le cerveau).

Une argumentation constructive n’est donc pas possible avec un enfant de moins de 12 ans.

12 ans n’est pas une limite stricte. Gardez en tête que le développement du cerveau varie d’une personne à l’autre, et est encore plus fluctuante lorsqu’il y a un trouble cognitif tel que le TDAH.

Armez vous donc de patience, et cessez d’argumenter tant que votre enfant ne suit pas de raisonnement logique.

Pour mettre en place un cadre d’autorité bienveillante

Je me suis déjà retrouvée à absorber les réponses de mes enfants, telle une éponge, et à exploser parce qu’après 10 répétitions et 30 min d’argumentation, ma demande n’avait toujours pas été respectée.

Avec cette méthode, les enfants savent désormais que je ne laisse plus de place à l’argumentation.

J’ai arrêté de hurler telle une mère (et belle-mère) hystérique.
Je me surprend même -parfois- à rester calme – tout en gardant de l’autorité.

En fait, cette méthode signifie pour moi: OK, tu ne veux pas faire ce que je te demande? pas de soucis. Moi je vais rester calme, et tu feras ce que je te demande quoi que tu décides.

Pour renforcer les autres méthodes que vous avez déjà mises en place

Pour moi, les meilleures manières d’accompagner nos enfants concernés par le TDAH sont :

  • l’amour et la bienveillance: car nos enfants se sentent suffisamment “différents” dans leur quotidien auprès de leurs pairs.  C’est donc notre responsabilité de parents de leur apporter tout notre amour et notre soutien dans leur évolution..
  • le renforcement positif et la valorisation (retrouvez l’article 8 astuces pour valoriser efficacement son enfant): il a été largement prouvé que l’éducation positive a bien plus d’impact – positif – que l’éducation rythmée de punitions et de fessées.
  • les demandes claires et précises, pour ne laisser aucune place au doute quant à ce qu’on attend d’eux (Retrouvez l’article 15 clés pour faire efficacement une demande à son enfant)

Comment fonctionne la méthode un deux trois retrait?

Comme précisé plus haut, j’ai (re)découvert cette méthode dans le livre L’opposition : Ces enfants qui vous en font voir de toutes les couleurs .

Je vous présente donc comment je la mets en application au quotidien. N’hésitez surtout pas à lire le livre pour avoir encore plus d’informations sur le sujet de l’opposition.

Mise en oeuvre

1. Vous faites une demande claire à votre enfant

Retrouvez l’article: 15 clés pour faire efficacement une demande à son enfant

Par exemple:
Martin, dans 10 min tu couperas ton jeu et tu iras ranger ta chambre.
10 min plus tard: Martin, c’est l’heure d’aller ranger ta chambre.

2. Vous vous heurtez à un refus ou à une réaction (que vous jugez) excessive:

  • opposition active : « non, je ne rangerai pas ma chambre »,
  • opposition passive : il fait comme s’il ne vous avait pas entendu
  • opposition passive-agressive : il va ranger sa chambre mais claque la porte, jette ses affaires par-terre, déchire un livre, et détruit * sans faire exprès* le jouet préféré de son frère…
  • ou argumentation :“c’est pas juste, mon frère, LUI, n’a pas besoin de ranger sa chambre”, “Chez ma copine Flore, c’est sa maman qui range sa chambre”, “laisses moi JUSTE finir ma partie de *jeu vidéo* (qui dure depuis plus d’une heure)”,etc,…

3. A ce moment vous ne répétez votre demande qu’une seule fois

“Martin je t’ai demandé de ranger ta chambre”

4. Si votre enfant n’est toujours pas en mouvement pour réaliser votre demande

Coupez court à toute argumentation!

  • Prévenez “je compte jusqu’à 3” (vous lui aurez expliqué cette méthode au préalable).
  • Commencez à compter à voix haute 1,… 2,… 3, en laissant environ 5 secondes entre chaque nombre.

5. Une fois le 3 prononcé, aucun retour en arrière possible!

(c’est là que vous devez être fort! niak niak niak)

Votre enfant, s’il ne s’est pas conformé à votre demande, doit en subir les conséquences.

Notamment le “retrait punitif”, c’est à dire : retirer votre enfant dans un endroit où vous n’êtes plus en interaction pour “couper le lien” et ne plus lui accorder d’importance.

Pour repère, gardez 1 minute de retrait pour chaque année d’âge: par exemple 6 minutes de retrait pour un enfant de 6 ans, avec un maximum de 15 minutes (j’espère toutefois qu’à 15 ans, vous n’aurez plus besoin d’appliquer cette méthode. Ou plutôt, dites-vous que tous les parents sont dans la même galère que vous)

Ce n’est pas tant le retrait qui est important, mais la coupure.

Ne le regardez pas, ne lui répondez pas (même s’il dit ô combien vous êtes un parent horrible et injuste). 

6. S’il s’oppose au retrait:

Emmenez le, sans un mot et sans lui faire mal, dans sa chambre ou dans une autre pièce isolée (pas la cave!! ni le garage… évitez les pièces où il pourrait se faire mal!)

7. Si votre enfant hurle, crie des injures ou jette ses affaires:

Laissez le faire: il ramassera plus tard les affaires, un fois la tempête passée. 

C’est à ce moment là qu’il vous teste, et c’est à ce moment là qu’il prend conscience de la coupure du lien.

N’entrez surtout pas dans son jeu, résistez à la tentation de répondre où d’aller le voir pour le calmer.

Avec le temps, vous verrez que votre enfant se calmera de plus en plus rapidement, puisqu’il aura compris que son comportement n’a pas d’impact sur vos nerfs.

8. Une fois la période de retrait passée

Rétablissez le lien.

Que votre enfant soit calmé ou non:

  • “les 6 minutes sont passées, est ce que tu es prêt à ranger ta chambre?”
  • Si oui: Bravo!!! c’est une mini-victoire dans notre quotidien de parent 🙂
  • Si non (votre enfant n’est pas calmé, ou n’est pas prêt à accéder à votre demande): quittez calmement les lieux en remettant une période de retrait de la même durée, et ainsi de suite jusqu’à ce que votre enfant accède à votre demande initiale. 

Tenez bon!

Les premières fois sont très difficiles à gérer pour nos nerfs. J’en ai fait l’expérience.

Mon astuce: mettre des écouteurs avec la musique que j’aime, écouter un bon polar (en livre audio), et respirer lentement pour calmer mon cœur qui s’emballe. 

Tenez bon, et gardez le cap! Souvenez-vous que vous investissez sur l’avenir.

Si vous ne réussissez pas, ne culpabilisez pas. Chaque petite victoire est un pas vers l’amélioration de votre quotidien. Chaque échec est à considérer comme une expérience pour les prochaines fois.

Vous constaterez aussi qu’après quelques temps, le retour au calme se fera de plus en plus vite. De la même manière, votre enfant accédera à votre demande avant que vous ne comptiez le “trois”. Il aura compris que son comportement n’a aucun effet sur les demandes que vous lui faites.

Testez cette méthode chez vous dans un premier temps. Par la suite, vous pourrez (si nécessaire) l’appliquer dans d’autres contextes, et même dans des endroits publics: repérez alors à l’avance le lieu de retrait: un espace isolé, et où l’enfant sera en sécurité.

Les clés du succès

D’après B. Hammarrenger: 

  • Comptez à un rythme régulier. Si on compte rapidement “Un, deux…” et qu’on attend trop longtemps avant le trois; l’enfant comprendra qu’il peut étirer le délai. 
  • Eviter aussi les fractions! Pas de “Un…Deux…Deux et demi…Deux et trois quarts…”. Cela fait encore comprendre à l’enfant qu’il peut bénéficier d’un délai supplémentaire, et en plus de lui laisser entendre qu’on ne veut pas vraiment se rendre à “trois”.
  • Une fois le “trois “prononcé, aucun retour en arrière n’est possible. Il est trop tard. L’enfant devra subir une conséquence désagréable. Même s’il s’empresse de promettre de ramasser ses jouets (s’il s’agissait de la demande initiale), il est trop tard. Il doit donc comprendre que les prochaines fois, il ferait mieux de s’exécuter aussitôt que le décompte commence plutôt que de tester la limite

D’après mon expérience:

  • Présentez cette méthode avant de la mettre en oeuvre. Idéalement à un moment où votre enfant est réceptif. Ne la présentez pas comme une punition, mais comme la mise en place d’une nouvelle règle. Soyez factuel, ce n’est pas le moment de régler vos comptes.
  • N’oubliez pas non plus d’inclure votre conjoint(e) dans cette démarche. Il faut vraiment que vous soyez sur la même ligne de conduite lorsque vous testez une méthode pour réduire les conflits et les crises.
  • N’abusez pas! lorsque j’ai découvert que cette méthode apportait des résultats positifs, j’avais tendance à vouloir l’appliquer à chaque fois. Gardez un peu de souplesse et de flexibilité. Certaines demandes ne nécessitent pas toujours d’en arriver là. Et notamment lorsqu’on a un enfant particulièrement opposant, il risquerait de passer plus de temps en retrait qu’avec vous. Cela risquerait donc d’être contre productif. 
  • Respirez et restez calme! avec le temps, les conflits se résolvent encore plus rapidement!
  • A la fin du retrait, je retourne voir mon fils ou mon beau-fils avec une autorité bienveillante. S’il est calmé je n’hésite pas à le prendre dans mes bras. Car le retrait et l’ignorance peuvent être difficiles à vivre. Le retrait est une conséquence, mais ne doit pas être vécu comme un manque d’amour.
  • Je ne lâche pas. Vraiment pas. J’écoute mon livre audio ou de la musique, je respire calmement, mais je ne répond pas aux hurlements ou aux jouets jetés à travers la pièce. 
  • Je garde toujours en tête qu’il s’agit d’une expérience. Je me félicite d’avoir tenu bon! car oui, certaines crises peuvent être particulièrement difficiles.
  • Si vous souhaitez re-re-re-expliquer la raison de votre demande, faites le plus tard, lorsque votre enfant (et vous aussi!!) êtes calmé et disposé à discuter.

Bon courage les parents. Les conflits avec nos enfants ne sont pas des moments agréables à vivre, mais gardons en tête que nous investissons sur leur avenir.

Outil #8 – La méthode “1…,2…,3… retrait »

Conseils:

  • Concentrez-vous sur un comportement problématique (un seul dans un premier temps)
  • Par exemple: Lorsque vous demandez à votre enfant de mettre la table ou de ranger sa chambre, vous vous heurtez très souvent à une crise ou une confrontation. Essayez cette méthode sur l’un de ces comportements.
  • Testez cette méthode pendant 2 à 3 semaines sur ce comportement.

Actions: 

  • Expliquez, d’abord à votre conjoint(e), puis à votre/vos enfant(s) que vous allez mettre en place une nouvelle méthode.
  • Cette explication doit avoir lieu en dehors des moments conflictuels. De la même manière, lorsque vous présentez cette méthode, ce n’est pas le moment de régler vos comptes 😉
  • Expliquez pourquoi (pour retrouver la sérénité dans la famille par exemple), et comment vous allez vous y prendre
  • Expliquez également que désormais, vous ne souhaitez plus vous énerver. C’est pourquoi vous ne répondrez plus à leur crise.
  • Dès que la situation d’opposition se présente, mettez vous en action.
  • Une fois la crise passée, faites un câlin à votre enfant. Vous l’aimez quoi qu’il arrive.

Faites nous un retour d’expérience dans les commentaires, au bout d’une semaine ou de quinze jours par exemple.

Soyez fier de vous et de ce que vous mettez en place. Vous travaillez activement pour le bien être de vos enfant(s) et pour (re)trouver votre équilibre familial.

Bon courage à tous!

A bientôt,
Hérade

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1 réflexion sur “#8 – La méthode « 1, 2, 3 retrait »”

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